10/12/2013

L'ego

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L'ego

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07/11/2013

Il faut faire

 Il faut faire

 

 

Deux agents d’accueil à l'entrée d'un cinéma. Une entrée démarquée par deux tenseurs. Entre deux séances, il n’y a personne.

 

UN : On se raconte des histoires. On ne travaille pas. On fait rien.

DEUX : Tout de même!

UN : Parce que t’as l'impression de travailler?

DEUX: Je sais pas si on travaille mais en tous cas c'est fatiguant.

UN: Le fait qu'une chose soit fatigante n'en fait pas forcément un travail.

DEUX: Certes. Mais le travail est souvent fatiguant.

UN: Moi ce qui me fatigue, c'est de rester là à ne rien faire.

DEUX: Si je te suis bien, ne rien faire serait aussi fatiguant que faire !

UN : Oui.

DEUX: Donc il n'y a pas de problème.

UN : Non...

DEUX: Donc il y a de la fatigue.

UN : ça c'est sûr, y a de la fatigue !

DEUX : L'important est donc de connaître la cause réelle de cette fatigue. Puisque travailler fatigue et que ne rien faire fatigue tout autant, on est en droit de supposer que la fatigue ne découle ni de l'un ni de l'autre, ni du travail ni du non-travail.

UN : Ou des deux. Pourquoi ni de l'un ni de l'autre? La fatigue peut découler du travail et du non-travail. Voire pire : de la sensation qu'on ne fait rien même quand on travaille et de la sensation qu'on en fait trop même quand on ne travaille pas.

DEUX: Hum...! De là à en conclure qu'on ne fait rien c'est un peu rapide. On doit quand même être là.

(Il réfléchit) La fatigue viendrait peut-être de ça ?

UN : De quoi ?

DEUX : Bein, du fait d'être là.

UN : ça voudrait dire que c’est un travail. Qu'être là est un travail où on a l’impression de ne rien faire. J'ai l'impression qu'on tourne en rond là.

DEUX : Peut-être ! On s'rait pas les seuls. Les habitants d’une planète qui tourne sur elle-même peuvent difficilement échapper à leur nature giratoire.
Mieux vaut tourner en rond que ne pas tourner du tout.

UN : et donc on tournerait en rond... tout en restant debout.

DEUX : Mais non rester debout, c’est rester debout. Point final. Comme un A ou un I.

UN  (ayant eu comme une révélation) : C’est pour ça qu’on est fatigué. Parce qu’on n'avance pas. On est comme des lettres sur une page blanche, des lettres séparées qui ne veulent rien dire.

DEUX : Et en quoi ce serait fatiguant ?

UN  (réfléchit) : On manque de souffle.

DEUX : ?

UN : Il y a du vrai et du faux dans tout, c'est ça le problème.

DEUX : Il reste combien de temps ?

UN (regarde l’horloge à coté) : Environ 15 minutes avant la première sortie ! On s’est pas mal débrouillé aujourd'hui je trouve. Demain c’est ton tour.

DEUX : Je ne sais pas si je pourrais, c’est toujours l’angoisse ce truc, trouver un sujet de conversation

UN : Fais comme moi ! Tu te lances sans penser à rien. Aujourd’hui j’étais fatigué, j’ai parlé de la fatigue. Pars de ce que tu ressens, tu verras, après un moment de doute, ça sort tout seul.

DEUX : C’est un peu angoissant. La plupart du temps je ne ressens rien.

UN: Hé bien pars de ça, l’angoisse, le fait de ne rien ressentir…

DEUX : Ok. J’espère que l’angoisse sera au rendez-vous demain.

UN : Qui sait, demain tu seras peut-être amoureux. Tu vas peut-être rencontrer une fille en rentrant. Ça, ça ferait un bon sujet de conversation.

DEUX : C'est vrai, faut jamais dire jamais ! Tiens avec ça on a encore tué 5 minutes. C’est qu’on devient bon. Bon, on y va ? Je vais faire la sortie de la 8 : le Catcheur.

UN : Je vais faire la 2 : Alice au pays des merveilles. A tout à l’heure !

Ils partent chacun de leur côté.

 

 Texte tiré de "Humains sans théâtre" de Ali Lham
(à paraitre aux éditions
C®AC)